Marie-Josèphe Angélique, victime ou coupable, est une reprise de deux de mes anciens blogues intitulés « Qui a mis le feu à Montréal? » et « Que sont-t-ils devenus? ». L’histoire de Montréal nous raconte qu’au printemps 1734, quarante-cinq maisons et un hôpital de la rue St-Paul sont détruits par le feu. C’est le procès d’une jeune esclave qui est condamné sur le témoignage principal d’une enfant de cinq ans et (…) 
Marie-Jospèphe Angélique (D’Après Guy Giard et Tania Faye 2002)
Marie-Josèphe Angélique est née à Madeira, Portugal vers 1705. Après avoir eu trois enfants, tous morts peu de temps après leur naissance, et dont le père était un autre esclave du nom de César, elle tombe amoureuse d'un blanc du nom de Claude Thibault. M.-J. Angélique était une esclave noire de Madame Thérèse Découagne, veuve de Monsieur François Poulin de Francheville, fondateur des Forges du St-Maurice, et belle-sœur d'Alexis Lemoine dit Monière. Ce nom de Marie-Josephte Angélique lui est attribué lors de son baptême en 1730. Le marchand Monière est son parrain. Malheureusement, d’après plusieurs chercheurs, son vrai nom ainsi que ses origines sont perdus. L’incendie de 1734 et Marie-Josèphe Angélique
En 1734, Marie-Josèphte Angélique, 29 ans, apprend que sa maîtresse, Madame de Francheville a décidé de la vendre. Elle prend alors la décision de s'enfuir mais c’est sans compter sur l’incendie qui ravage une partie de Montréal. La jeune femme est arrêtée le 11 avril 1734. Selon les dires de certaines personnes, c’est elle qui aurait mit le feu la nuit tombée à la maison de sa matrone sur la rue Saint-Paul à Montréal. Personne n’a été témoin visuellement, mais elle est quand même traduite en justice criminelle pendant que son amant Claude Thibault s’est enfuit. M-J. Angélique proclame pourtant son innocence. À cette époque, plusieurs témoignages sont entendus. Une esclave amérindienne du nom de Marie, dit que Marie-Josèphe avait l’intention de brûler sa maîtresse et Jeanne Taillandier dit Labaume a encouragé cette rumeur. Louise Poirier dit Lafleur, domestique de la veuve Francheville, témoigne du mauvais caractère de l’accusée, pendant que Marguerite César dit Lagardelette dit que Marie-Josèphe était très agitée avant l’incendie. Il y a eu surtout une déclaration d’une enfant de 5 ans, Amable Lemoine Monière, fille du marchand Alexis Lemoine dit Monière qui a voulu accoupler Marie-Josèphe avec un autre esclave. Uniquement fondée sur la rumeur publique, la preuve est jugée suffisante et Marie Josephte Angélique est forcée d’admettre son crime sous la torture. Elle est finalement trouvée coupable sur la seule déclaration, de la jeune Amable Lemoine Monière, 5 ans. L'acte de condamnation se lisait tel ce qui suit : “…à faire amende honorable nue en chemise, la corde au col, tenant en ses mains une torche ardente du poids de deux livres au devant de la porte et entrée de l'Église paroissiale de la Ville de Montréal, ou elle sera menée et conduite par l'Exécuteur de la Haute Justice dans un tombereau servant à enlever les immondices, ayant Écriteau devant et derrière avec le mot incendiaire, et la, nue tête et à genoux déclarer que méchamment Elle a mis le feu et causé ledit incendie dont Elle se repent et demande pardon à Dieu, au Roy et a la Justice, ce fait avoir le poing coupé sur un poteau qui sera planté au devant de la dite Église, après quoi sera menée par ledit Exécuteur dans le même tombereau à la place publique pour y être attaché à un poteau avec une chaîne de fer et brûlée vive, son corps réduit en cendres et celle-ci jetées au vent.”
APQ. Registre criminel, IV: 24-26; Procédures judiciaires, Matières criminelles, IV: feuille 237. - BRH, XXIV :275 Conduite à Québec, Marie-Josèphe Angélique en appelle au Conseil Souverain qui adoucit sa peine. Elle n'aura pas le poing coupé et son corps ne sera brûlé qu'après la mort. La coupable est ramenée à Montréal où elle est exécutée, selon l'ordonnance, le 21 juin 1734. Le matin de son exécution elle est soumise à la Question Ordinaire et Extraordinaire, torture appliquée aux condamnés pour leur faire avouer leur culpabilité et dénoncé d'éventuels complices. M-J. Angélique avoue son crime après quatre tentatives du tortionnaire mais ne dénonce aucun complice. Vers les trois heures elle est mise dans la charrette à vidanges jusqu'à l'échafaud ou elle fut pendue et brulée. Selon les autorités M-J Angélique aurait mis le feu « par méchanceté » et pour couvrir sa fuite. Quant à son amant, Claude Thibault, introuvable, les poursuites à son endroit ont été abandonnées. Selon des documents originaux, un doute subsiste quant à la culpabilité de Marie-Josèphe Angélique. Par le biais des archives du procès, vous écouterez les dépositions des témoins, vous réagirez aux interrogatoires; vous découvrirez des aspects de la vie quotidienne des gens riches et des domestiques; vous assisterez à la torture et à l’exécution de l’accusée. (sic) -Angélique était-elle coupable? -Si oui, quel était son motif? -Les preuves étaient-elles suffisantes pour la condamner? -Aurait-on dû élargir l’enquête? -Et si c’était un accident? 
Rapport de l'exécution (Archives nationales du Québec, Centre de Montréal)
Que sont-t-ils devenus?
Suite aux événements qui ont amené à l’exécution de Marie-Josèphe Angélique en 1734, le livre de Mme Beaugrand-Champagne « Le procès de Marie-Josèphe Angélique » donne les traces de quelques personnages de cette époque. Jacques César - l’esclave noir et père des trois enfants de Marie-Angélique, est affranchi en 1761. Il épouse Elisabeth, l’esclave noire de la baronne de Longueuil, aussi affranchie, le 5 février 1763, à Longueuil. Ils auront un fils Charles-Ignace, né en 1763. Âg d’environ soixante-seize ans, Jacques César meurt à Laprairie, le 14 juin 1784 et est inhumé le jour suivant dans le cimetière de cette paroisse.
Mme Thérèse De Couagne - Fille de Charles De Couagne, marchand et marguillier de la paroisse Notre-Dame de Montréal et de Marie Gaudet, elle est née et baptisée 19 janvier 1797 à la paroisse Notre-Dame de Montréal. Son Parrain est Gédéon De Cologne, réformé d’un détachement de la marine et sa marraine est Thérèse Gadois, épouse de M. Henri-Jules Duvivier lieutenant du dit détachement. Thérèse De Couagne épouse le négociant Francois Poulin de Francheville(Michel Poulin et Marie Justras), le 27 novembre 1718, Notre-Dame de Montréal. François décède le 29 novembre 1833 et il est inhumé le lendemain en la paroisse Notre-Dame de Montréal. Après l’incendie de sa maison, Mme de Couagne fait reconstruire sa maison. De tous ses esclaves, Marie Angélique aura été la seule noire car les autres ont tous été des amérindiens « panis ». À la fin de ses jours, Thérèse De C. loue une chambre en face de L’Hôtel-Dieu de Montréal. C’est là, qu’âgée d’environ soixante-huit ans, elle meurt le 25 février 1764. Elle est inhumée le 26 février suivant dans la paroisse Notre-Dame de Montréal.
Marie dite Manon, l’esclave amérindienne dont le témoignage a été crucial au déroulement du procès, elle sera vendue au notaire Nicolas-Augustin Guillet de Chaumont, l’un des conseillers qui a réclamé la peine de mort contre Marie-Josèphe Angélique. Marie meurt en 1761. Maître Guillet de Chaumont (Antoine Guillet Marie-Louise Esprit) avait épousé Marie-Catherine Legras (Jean Legras et Marie-Geneviève Mallet), le 6 novembre 1721, à Montréal. Jeanne Tailhandier dit Labaume - Fille de Marien Taillandier et de Madeleine Beaudry, elle avait épousée Jean Latour (Gabriel Latour de Mouzin et Marguerite Payen) veuf de Marguerite Pruhomme, le 11 février 1730 à Montréal. Celle-là même qui avait encouragé la rumeur à ce que MJ Angélique voulait brûler sa maîtresse, meurt à Montréal le 11 janvier 1770, à l’âge de 79 ans et est inhumée le 12 du mois courant. Marie Louise Hélène Poirier dit Lafleur - Fille de Pierre Poirier-Lafleur et Marie-Clémence Maupetit, épouse Jean-Baptiste Vignault (Pierre et Marie Brenaudelle) le 7 février 1724 à Pointe-Claire. Devenue veuve, elle place sa fille de 8 ans prénommée Angélique, chez François Mailhot et son épouse Charlotte Gamelin, en 1736. M-Louise Hélène épouse ensuite le soldat Louis Jusselin « Asselin » (Joseph et Suzanne Vathier) le 16 août 1741 à Notre-Dame de Montréal. Marguerite César Lagardelente- Le témoin à l’esprit un peu dérangé est internée. Elle décède à Montréal en avril 1747 à l’âge de 63 ans. Amable Lemoine Monière - Cette fillette de 5 ans dont la déclaration à aider à faire exécuter M-J Angélique, était la fille d’Alexis Lemoine dit Monière et de Mme Marie-Josephte De Couagne. Née et baptisée le 6 (?) août 1726 à Notre-Dame de Montréal, sa marraine est Charlotte Guillet. M-Amable ne s’est jamais mariée et a vécu à la maison familiale de la rue St-Paul, à Montréal. On perd sa trace après la conquête de Montréal, elle est peut-être retournée en France, qui sait? Alexis Lemoine dit Monière - Fils de Jean Lemoine-Monière et de Marie-Madeleine DeChavigny, épouse 1) Marie-Louise Kembal le 23 mars 1715, Notre-Dame de Québec et 2) Marie-Josèphe De Couagnes (Charles et Marie Godé), le 12 août 1725 Notre-Dame, Montréal. M. Lemoine dit Monière possédera 8 esclaves amérindiens au cours de sa vie. Sa deuxième épouse, Marie-Josèphe De Couagnes et sœur de Mme Thérèse De Couagne, décède en 1743 et est « inhumée devant le clergé dans la chapelle St-Amable » de l’église paroissiale. Alexis meurt rue St-Paul, le 22 juin 1754, presque vingt ans jour pour jour après l’exécution de Marie-Josèphe Angélique. Il est inhumé le 23 juin 1754, Notre-Dame de Montréal. Pierre Rimbault – Le juge qui a condamné M.-J. Angélique, meurt 6 ans après le procès. Il a au moins un fils du nom de Jean-Charles Rimbault. Sa petite-fille Charlotte Trottier-Desrivières épousera en 1747 le fils de Jacques Testard de Montigny et de Marie-Anne Laporte de Louvigny. … mais on ne saura sans doute jamais ce qu’il est advenu de Claude Thibault, l’amant de Marie-Angélique!
Lise Jolin Sources : Ancestry.ca Bibliogrpahie : « Le Procès de Marie-Josèphe-Angélique »,de l’auteur Madame Beaugrand-Champagne, historienne; Éditions Libre Expression [ISBN 2-7648-0156-4]; Novembre 2004 (296 pages) BMS2000 v9 Family Search Records http://epf.planete.qc.ca/histoire/violentes/violent-1.asp#angelique http://guygiard.artbabyart.net/qui_etait_marie_josephe_angelique.htm http://www.canadianmysteries.ca/sites/angelique/accueil/indexfr.html http://www.geocities.com/BourbonStreet/5041/ http://www.histoquest.ca/angeliqueF.htm http://www.lesoleil.com/documents2/nouvfrance/article17.stm http://www.reseauhem.ca/h35.htm http://www.usherbrooke.ca/liaison_vol40/n16/a_angelique.html
http://www2.ville.montreal.qc.ca/archives/acteurs/alexis-lemoine/angelique/index.shtm Mots-clés:IncendieMontréal1734Thibault |